Ça va faire un an qu’on le dit : la Hadopi est complètement obsolète car elle s’attaque uniquement au P2P (en plus de se baser sur l’IP qui n’est pas une donnée fiable, et pleins d’autres détails amusants).

Seulement la question que je me pose aujourd’hui est la suivante : et si cette obsolescence était sa plus grande force ?

En effet, s’attaquer uniquement au P2P a eu pour effet de faire migrer les internautes friands de contenus copyrightés vers le DDL et compagnie (Megaupload, Rapidshare et les boards warez qui s’en servent en général). Gularu s’en félicite dans ce billet d’où provient l’image suivante :

Torrent vs MegauploadC’est super en effet : les français ont changé leurs habitudes et restent donc intouchables… pour le moment.

Seulement il y a une couille dans le potage…

Il y avait quelque chose de bien avec le P2P, c’était que le partage se faisait directement entre les utilisateurs avec une technologie qui était jusque là la plus sophistiquée. Il n’y avait pas d’argent en jeu, hormis les pubs sur les trackers, qui n’étaient là qu’au moment de récupérer instantanément un fichier torrent ridiculement léger (c’était aussi plus léger en terme d’empreinte carbone de partager la charge entre tous les utilisateurs :P ). Le communautarisme entre les internautes était la règle du jeu.

Or que s’est-il passé avec l’évolution du warez vers la domination du DDL ? On a déplacé le partage de fichier vers un modèle plus centralisé, dans lequel des forums se font des couilles en or avec de la pub en abondance, et des manières les plus insultantes possibles pour celui qui vient récupérer le dernier film de Cameron : pop-ups à profusion, bandeaux de pubs sur des kilomètres, liens qui imposent de la publicité avant d’enfin accéder au fichier… Je n’évoque même pas les géants du partage de fichier comme Megaupload et Rapidshare, qui se font pas mal d’argent grâce à leur domination sur ce type d’échange.

Skalp de Plug’n Geek le dit bien, c’est une économie parallèle infecte. Un business juteux qui n’a que faire des idéaux originellement véhiculés par le warez.

Mais jusque là ça va (on va dire, hein).

Supposons que ça ne vous pose pas de problème. Vous avez le droit, on peut se foutre royalement des intentions de l’offre tant que la demande est satisfaite…

Le souci est ailleurs : un modèle moralement indéfendable est une cible plus facile à abattre.

Mettons-nous en situation avec un peu de fiction… En 2011 une nouvelle loi contre le téléchargement illégal est proposée, l’argument choc est le suivant : “Pouvons-nous laisser nos artistes à la merci d’une mafia qui se fait des sommes astronomiques sur leurs dos ? Pouvons-nous laisser une minorité faire miroiter la gratuité à nos citoyens en leur glissant insidieusement des publicités douteuses et parfois même en introduisant des logiciels espions dans leurs ordinateurs à leur insu ?”

Avouez, il serait beaucoup moins facile de briller en société en réfutant le discours ci-dessus, car il serait vrai.

La seule chose qu’il resterait à faire pour éviter que le choc déferle sur les internautes eux-même en les pénalisant directement, serait de s’attaquer aux régies publicitaires peu regardantes ou en mettant les hébergeurs de fichiers sur le pied du mur. Toujours est-il que l’image du warez aura été ternie durablement aux yeux du grand public, et que le discours sur la possibilité d’une alternative à l’économie culturelle actuelle sera devenue plus difficile qu’aujourd’hui, voire impossible.

Fabrice Epelboin n’avait pas tort en déclarant que le Direct Download est le cancer du pirate (billet publié peu après l’affaire Wawa-Mania dont quelques échos avaient eu lieu ici).

DDL is a crime

Heureusement pour le warez lui-même, il vivra encore

Si le DDL est attaqué tout comme le P2P, les internautes pourront toujours bouger vers une solution devenue préférable. En fait ils pourraient même retourner vers le P2P qui aura évolué vers le tout-sécurisé (avec une couche de MUTE ou que sais-je d’autre), et sera devenu un véritable bourbier pour les agences de renseignement. On entre là dans des conséquences encore plus complexes, et qui pourraient avoir d’autres répercussions encore sur la vie des internautes (impunité totale de la pédopornographie grâce à un réseau entièrement crypté, victoire du crypto-anarchisme sur les gouvernements…).

Méfiance toutefois : profitant de l’image noircie du warez prochainement acquise, des lois bien moins respectueuses de votre vie privée pourraient empêcher pour de bon le partage de fichiers. Après tout, les droits de l’homme sont déjà moins importants que les droits d’auteur à en juger les faits.

Pour toutes ces raisons, il se peut que l’obsolescence de la Hadopi ait jouée un rôle efficace pour desservir la cause warez. Il est toutefois peu probable que cela ait été délibéré.

J’en profite pour vous signaler que le dernier décret pour Hadopi ( qui est très moche) est publié. Et ça n’a pas trainé : une première plainte a été envoyée à la divine autorité.

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